vendredi 19 décembre 2008

Homélie pour les 170 ans de l'Institution Saint Charles de Chauny

Les lectures sont celles du jour (première) et de la St Charles BORROMEE (4 novembre)

Juges (Jg 13, 2-7)
Psaume 84 (85)
Luc (Lc 14, 15-24)

Aujourd'hui l'Institution St Charles fête ses 170 ans d'existence. Dans cette fête vous avez inséré la célébration de l'eucharistie et je vous en félicite . Nous rendons grâce à Dieu pour chacun des enfants qui sont passés ici, chacune des familles qui nous ont fait confiance, chacun des enseignants, des personnels, des chefs d'établissements qui ont travaillé dans cette maison en 170 ans, et bien sûr tous ceux qui y sont encore. Tous ceux aussi qui ont accompagné l'Institution, prêtres, catéchistes, membres de l'OGEC, de l'APEL, amis, bénévoles... et tous ceux qui qui l'accompagnent encore.

Parmi eux tous, il en est un qui a une place à part. C'est Saint Charles. Saint Charles Borromée. Sa statue est au dessus de la porte et semble presque veiller sur la ville en même temps que sur l'Institution. Mais pourquoi St Charles? L'abbé DESSAINT nous a rappelé son histoire... Pourquoi être allé chercher un archevêque de Milan du XVIème siécle pour être le patron ici ?
Dans un établissement scolaire, on peut se permettre un peu de calcul mental : 2008-170 = ? ? 1838. L'institution a été créée en 1838. Or St Charles est né en ?? vous avez la réponse sur le déroulement de la messe : 1538. 1838-1538 = 300. En 1838, les fondateurs de St Charles entendent parler de ce saint dont on fête le trois centième anniversaire. Et il leur plaît. Ils trouvent qu'il convient bien à la situation. Mais pourquoi donc ?

Plongeons dans le temps et atterrissons en 1838, dans une salle où sont réunis des prêtres certainement, peut-être des chrétiens influents du moment. La révolution française est achevée depuis une quarantaine d'année. Certains l'ont connue. Après une phase très dure, l'Eglise vit un temps plus paisible mais où il faut reconstruire, sans forcément reconstruire pareil qu'avant. Car le monde industriel avance. On repousse les limites du possible. Les techniciens et les ingénieurs inventent, innovent. C'est un temps de progrès mais aussi un temps de souffrances pour les ouvriers notamment. Tout près d'ici, un jeune artisan vient de racheter un petit atelier de forge et commence à y fondre des poëles de fonte. GODIN. Un homme sensible à la misère des ouvriers. En 1842 il commence l'aventure du Familistère de GUISE, pour améliorer les conditions de vie des ouvriers. Des chrétiens aussi se mettent en route. A cette époque là se créent un grand nombre d'ordres religieux. Objectif : faire connaître Dieu. Des chrétiens se mettent en route aussi ici, dans l'Aisne. Ils veulent éduquer, enseigner, former les jeunes. Ils veulent leur donner des fondements chrétiens pour leur vie. Et ils voudraient leur donner un modèle.

Or Charles Borromée est une figure qui leur parle. D'abord c'est un garçon instruit, et même extrêmement brillant. Il incarne un peu l'excellence. A 21 ans il est nommé Cardinal par le pape Paul III et il devient presque son bras droit. Il porte avec le pape la réforme indispensable de l'Eglise Catholique et c'est un chantier énorme. Le pape recentre l'Eglise sur ses fondamentaux, et notamment sur la Parole de Dieu. Charles l'aide. Il se bat. Bientôt le pape va le nommer archevêque de MILAN. Là il va veiller à la formation des prêtres, et à l'approfondissement spirituel. On pourrait résumer l'action du pape Paul III et de Charles BORROMEE par ces mots : « Quand tout va mal, revenir à l'essentiel, aux fondamentaux ».

C'est bien aussi ce que vivaient les fondateurs de l'institution St Charles, au sortir de la révolution.

Si je veux être fidèle à St Charles Borromée, et aller aux fondamentaux, il faut donc que je médite avec vous l'essentiel, la parole de Dieu qui nous est donnée aujourd'hui, à nous qui vivons la fin d'année 2008. En 2008, nous avons assisté à l'explosion de la crise financière mondiale. En 2009, nous allons commencer à en voir les conséquences, et ce sera dur. Nous aussi, comme les fondateurs de St Charles, comme Charles BORROMEE au XVI ème siècle, nous vivons une période de bouleversements des repères.

J'aime regarder le psaume : c'est un psaume pour les temps incertains. Le peuple se tourne vers Dieu :
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,et donne-nous ton salut.
Et le psalmiste rassure : J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Le Seigneur donnera ses bienfaits,et notre terre donnera son fruit.
Les verbes sont au futur simple : le temps de ce qui va advenir certainement

Dans les moments difficiles, Dieu ne nous abandonne pas.

La première lecture et l'évangile nous font part de deux situations de rupture : Dans le livre des juges, la femme de SOREA était stérile, et pourtant elle va avoir un enfant. Dans l'évangile, ceux qui vont bénéficier du banquet ne sont pas ceux qui étaient prévus au départ. Ceux qui pensaient ne pas être invités vont remplir la salle, puisque les invités boudent le repas. Le maître qui invite, vous le savez, c'est Dieu.

Là encore, les textes conviennent très bien à ce que vivait St Charles BORROMEE : « quand tout va mal, ne pas désespérer de Dieu, aller à l'essentiel, compter sur lui ».
Les textes éclairent bien aussi ce qu'ont fait les fondateurs de St Charles : « Oser reconstruire, oser avoir confiance, dans des temps difficiles ».
Ils éclairent bien aussi notre temps avec ses convulsions, ses lourdeurs. « Ce temps semble difficile pour la foi chrétienne. Mais ne sous-estimons pas la capacité de Dieu à créer des rebondissements. »

Dans 30 ans, le bicentenaire... Que St Charles, à la suite du Christ, nous y conduise.

Seigneur, j'écoute, que dis tu ? Tu m'invites à la confiance dans cette période troublée. J'ai confiiance : ce que tu dis crée de la paix pour ceux qui te cherchent.
Amen

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