Hier soir je suis allé à la Maison Sainte Croix pour présenter un livre à un groupe de laïcs du diocèse qui sont en formation. La formation s'appelle le CFM, le Centre de Formation Missionnaire. Tous les deux ans le diocèse appelle une quarantaine de laics à un cycle de formation qui se fait sur des week-ends. Dans toutes les paroisses il y a des gens qui ont fait cette formation. Il y avait d'ailleurs des gens de notre paroisse hier.
Je devais leur présenter un livre qui s'appelle « proposer la foi dans la société actuelle, lettre des évêques aux catholiques de France ». Une lettre, mais de 130 pages. Un vrai livre en quelque sorte, écrit en 1996 et qui est encore pleinement d'actualité. Dans ce livre les évêques de France parlent de leur réflexion pour les années à venir, sur le thème « comment proposer la foi, pourquoi proposer la foi ». Et à la question « pourquoi proposer la foi » ils répondent à la page 50 par ces mots : « Si nous proposons aux hommes la Parole de Dieu et les sacrements de la foi, ce n'est que dans ce but : pour que nous connaissions la JOIE de vivre en enfants de Dieu. » Or que dit Jésus dans notre évangile de ce jour ? Jésus est au dernier soir de sa vie avec ses apôtres : il récapitule tout son enseignement, toute sa vie sur la Terre Sainte, et il dit : « Je vous ai dit tout cela, pour que ma JOIE soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. »
J'aime énormément ce texte à cause de la Joie. La joie comme but de la rencontre avec Dieu. La joie de Jésus lui-même, en nous. Tout cela pour que nous ayons la joie. Est-ce que nous en sommes bien convaincus? Est-ce que cette joie de Dieu se voit dans nos rapports entre nous ? Est-ce que nous nous la disons suffisamment ? Est-ce que nous la transpirons suffisamment. Jésus a peiné sur les routes de Palestine, il a couché dehors par terre, il a sillonné le pays, il a guéri les malades, pardonné les péchés, et même ressuscité des morts, pour que nous vivions de la joie de Dieu. Et nous, nous nous chamaillons entre confessions chrétiennes, entre chrétiens d'une même église, d'un même diocèse, d'une même paroisse. Est-ce que nous chrétiens nous parfumons de joie la vie de nos contemporains? Pas suffisamment... Nous ne nous aimons pas suffisamment. Or Jésus nous le répète dans tout le chapitre 15 de Jean : « demeurez dans mon amour ». Dans demeurer, il y a durer : soyez durablement dans mon amour. Il y a aussi faire sa demeure : « faites votre maison dans mon amour. Soyez chez moi comme chez vous. » Vous connaissez sans doute cette belle cantate de Bach que l'on appelle habituellement « Jésus, que ma joie demeure » Vous connaissez ? Vous savez que ce n'est pas la meilleure traduction du titre allemand, qui serait plutôt : « Jésus, demeure ma joie » Toi, Jésus , sois ma joie. Si vous l'avez chez vous, écoutez la aujourd'hui en pensant à l'évangile. Vous pouvez aussi en trouver plein de versions différentes sur You tube.
Mais, il faut le reconnaître, la difficulté des chrétiens à mettre en oeuvre le commandement d'amour ne date pas d'hier. Ni d'avant-hier. Si nous regardons la lettre de Jean qui nous est proposée aujourd'hui, que voyons-nous, que dit Jean aux destina taires de la lettre? Ce sont des gens qui lui sont chers, il leur dit « mes bien aimés » Et quel message envoie-t-il ? « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l'amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu. Celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour. » Déjà nous voyons Jean qui enfonce le clou... « Aimez vous, aimons nous les uns les autres ». S'il le fait, c'est qu'il fallait le rappeler, déjà. Alors, quel profit tirer de cette lecture? Faut-il en déduire que c'est trop difficile, que les hommes essaient depuis des générations, que nous n'y arriverons pas ? Non... Plutôt qu'il faut être rempli d'Espérance. C'est dur, mais depuis 2000 ans le message passe les générations. Depuis 2000 ans des hommes et des femmes en grand nombre avancent sur ce chemin. Et si c'est dur, alors sollicitons l'aide du Seigneur.
La première lecture peut sans doute nous aider. Nous y voyons Pierre, à un moment charnière des Actes des Apôtres. Saint Luc nous a montré que Pierre et Paul divergeaient sur un point : est-ce que la Bonne Nouvelle est pour les juifs, ou pour tous ? Pour la recevoir, faut-il d'abord se convertir aux lois d'Israel et devenir juif ? Pierre penche pour cette solution. L'auteur nous montre comment Dieu va guider Pierre, pour qu'il élargisse l'espace de sa tente, pour qu'il admette que le don de Dieu est pour tous, juif ou pas. Pierre a eu une vision. Dieu lui a fait comprendre qu'il désire faire de Corneille et de sa famille des disciples du Christ. Et Pierre prend la Parole. Humblement il reconnaît ce qu'il découvre. Il accepte l'enseignement de Dieu, il met son orgueil dans sa poche, et il s'ouvre à l'invitation du Seigneur. Pierre n'ergote pas. Il ne chipote pas. Il se laisse guider par l'Esprit Saint qu'il a reçu à la Pentecôte. Et alors se produit une autre Pentecôte. Mais cette fois ce ne sont pas des juifs qui sont touchés.
Luc donne une description de ce qui se passe. Les juifs sont étonnés. Entendez les juifs convertis, ceux qui ont reçu le Saint-Esprit. Ceux qui savent quel effet ça fait. Ils voient tout à coup des non-juifs qui se mettent à chanter en langue, comme eux! « Car on les entendait dire des paroles mystérieuses et chanter la grandeur de Dieu » Ecoutons Pierre : « En vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l'adorent et font ce qui est juste.
Aucun doute : pour ces tous premiers chrétiens, l'entrée dans la vie chrétienne s'est faite par le don de l'Esprit Saint. Et Pierre, qui en a été témoin, a décidé alors de donner le baptême aux nouveaux disciples. Que devons nous en tirer pour nous aujourd'hui ? Que l'invitation de St jean à aimer, à demeurer dans l'amour du Christ, même si elle est à reprendre de génération en génération, est une tâche possible, et une tâche joyeuse, avec l'aide de l'Esprit Saint. C'est pourquoi nous devons le demander, avec ferveur et sans nous lasser : Père, ouvre nous à l'Esprit Saint, et qu'il produise en nous cette capacité à demeurer dans ton amour. Nous te le demandons par Jésus, ton fils, notre Seigneur,
Amen

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