dimanche 26 avril 2009

Homélie pour le troisième dimanche de Pâques, 26 avril 2009


Reprenons nos quatre textes ensemble : j'ai besoin de votre participation. D'où est tirée la première lecture? Du Livre des Actes des Apôtres. Le psaume ? C'est le psaume 4 qui est très court. Un psaume donc Ancien Testament. La seconde lecture De la première lettre de St Jean, donc Nouveau Testament. Et l'Evangile ? De St Luc, donc Nouveau Testament.

Donc combien de textes de l'Ancien Testament ? Un. Et combien du Nouveau Testament ? Trois. Et maintenant, plus compliqué : parmi ces textes, avez vous remarqué que deux ont le même auteur. Lesquels ? L'Evangile et les Actes. Mais ces deux textes, l'Evangile et la première lecture, nous les avons lus dans l'ordre liturgique, et ce n'est pas l'ordre chronologique. Les Actes viennent après l'Evangile de Luc.

C'est d'autant plus important aujourd'hui que le passage de l'Evangile que nous avons entendu est tiré du chapitre 24 de St Luc, versets 35 à 48 c'est à dire, à 5 versets près, la fin de l'Evangile. Donc très très près du début des Actes.

Je vous propose de remettre ces deux textes dans l'ordre chronologique. Cela va nous aider à les comprendre.

L'Evangile commence juste après deux récits que vous connaissez, mais que nous n'avons pas lu. Le premier se passe le matin de la résurrection de Jésus. Les femmes qui sont allé au tombeau sont revenues en disant avoir vu deux anges. Les anges leur ont parlé. Elles racontent... Mais les apôtres ne les croient pas.... Pierre va voir mais il revient sceptique. ..A ce moment là deux disciples décident de rentrer chez eux à Emmaus et en chemin, vous connaissez l'histoire, ils sont mis devant l'évidence. C'est le texte qui précède tout juste le nôtre. Ils en sont certains, ils ont vu Jésus, il était là, il marchait avec eux, il a mangé avec eux, il leur a expliqué toutes les écritures... Ils sont tout excités. « Il était là, je te dis, je l'ai vu comme je te vois. Pierre, tu me crois? Et toi Jean, tu me crois ? » Silence... Ça n'a pas l'air de passer...Ils parlaient encore quand Jésus se présenta au milieu d'eux.... Ils sont d'abord terrifiés, puis Jésus leur montre qu'il n'est pas un fantôme. Il mange avec eux. Et il leur explique qu'il ne pouvait pas en être autrement. Il fallait qu'il passe par là, pour que l'Amour de Dieu soit plus fort que la mort même.

Et ensuite? Ensuite c'est à eux! A eux d'être témoins, à eux de prendre le relais, à commencer par Jérusalem. A eux d'inviter les hommes à changer de comportement et à accueillir l'Esprit Saint dans leur vie.

Puis Jésus leur promet l'Esprit, et « au revoir »!

Et c'est là qu'il faut enchaîner sur les Actes des Apôtres, qui commencent par le don de l'Esprit Saint. L'Esprit promis en Luc 24 49, le voici donné en Actes 2. Pierre l'a reçu aussi. Il est rempli de la joie de la Résurrection. Il vient de voir Jésus, c'était il y a quoi, deux mois, et il a reçu l'Esprit il y a dix jours peut-être. Et il vit avec. Juste avant que commence notre seconde lecture, Pierre vient de dire une parole qui a remis debout un homme paralysé de naissance. Les gens qui ont vu ça sont stupéfaits! Alors ils sont prêts à écouter Pierre qui invite les juifs, à commencer par ceux de Jérusalem, à changer de vie : « vous avez méprisé, livré et tué Jésus. Mais Dieu l'a ressuscité. Et Dieu ne vous en veut pas, il vous a pardonné ».

Au lieu qu'ils soient l'objet de la colère de Dieu, comme quand Dieu s'était fâché au déluge, ils sont l'objet de la grâce de Dieu: la promesse est pour eux, d'abord pour eux, gens de Jérusalem. Et Pierre les appelle : « changez de vie, croyez! »

On voit mieux en replaçant les textes dans l'ordre comment ils s'enchaînent. Pierre fait exactement ce que Jésus a demandé aux apôtres. Il commence par Jérusalem. C'est Paul qui petit à petit va se trouver obligé d'aller vers les paiens. C'est à dire nous. "toutes les nations" dit le texte

Je voudrais insister un peu sur le ton de la parole de Pierre. Le ton de sa voix. Pierre n'est pas dans le reproche. « Vous avez tué Jésus, eh bien vous allez voir maintenant! Dieu l'a ressuscité, Jésus. » … Non, non... Pierre est dans l'amour de Dieu. Il ne condamne pas. Il annonce simplement la réalité : vous l'avez tué, par « méconnaissance ». Dieu l'a ressuscité et les premiers heureux bénéficiaires de la promesse, c'est vous ». Je vous invite à prendre le temps d'écouter la voix de Pierre dans votre méditation.

La suite, nous la trouvons dans la lettre de Jean. L'auteur s'adresse à des chrétiens qui sont déjà plus éloignés du jour de la Résurrection du Christ. De plusieurs années. Trente ans, cinquante ans peut-être. A cette époque là ça peut faire deux générations. De ce point de vue ils nous ressemblent d'avantage.

 Jean leur parle, mais nous pouvons lire la lettre comme s'il s'adressait à nous, donc il « nous » parle avec tendresse : « mes petits enfants ». Comme un maître, ou comme un ancien, un grand-père. Et il dit trois choses : Première chose : nous sommes pêcheurs. L'auteur ne prend guère de temps à discuter là dessus. Il écrit à cause de ça. Deuxième chose : Dieu nous pardonne, et troisième chose, s'il nous pardonne c'est à cause de Jésus. C'est le même mouvement que dans la bouche de Pierre : vous avez tué Jésus, vous êtes pardonnés, et c'est à cause de jésus que Dieu vous pardonne. Et nous nous souvenons que c'est Jésus lui-même qui a demandé le pardon sur la Croix.

S'il y a parmi vous quelqu'un qui se croit trop pêcheur pour être pardonné, qu'il regarde maintenant ce que Pierre dit aux gens de Jérusalem : « vous avez tué Jésus, eh bien Dieu vous pardonne. L'amour de Dieu est pour vous, mais mettez vous sans attendre à vivre avec lui. » Il arrive trop souvent que des gens, et des jeunes, mettent fin à leurs jours parce qu'ils pensent que plus personne ne pourra leur pardonner et les aimer. Mais Dieu est au delà de nos limites. 60 jours après Pâques, environ, Pierre le proclame déjà : la grâce de Dieu est même pour ceux qui ont tué son Fils. Alors nous pouvons relire le psaume et nous tenir dans la confiance, surtout quand nous avons du mal à croire au pardon de Dieu :

« Quand je crie, réponds-moi, Dieu, Toi qui me libères dans la détresse,
Pitié pour moi, éco
ute ma prière !
Sur nous, Seigneur, que s'illum
ine ton visage !
Dans la paix moi aussi, je me co
uche et je dors, car tu me donnes d'habiter, Seigneur, dans la confiance. »


Amen

dimanche 12 avril 2009

Homélie pour la veillée pascale du 11 avril 2009

Certains d'entre vous se disent peut-être : aie-aie-aie, c'est Xavier qui prêche et il y a sept textes ! Pourvu qu'il ne lui prenne pas l'idée de commenter chaque texte sinon on en a pour toute la nuit ! Je vais donc être raisonnable.


Dans la veillée complète, il y a en réalité: 7 lectures de l'Ancien Testament, entrecoupées de 7 Psaumes ou Cantiques, puis,  une lettre de St Paul, un psaume et l'Evangile. Au total, 17 passages de la Bible. Si on y regarde de plus près, on voit que c'est l'Ancien Testament qui semble se déployer, comme une fleur qui s'ouvre. De une lecture habituellement, nous passons à sept. Bien évidemment il n'est pas possible de commenter les 7 en quelques minutes. Alors pourquoi ce déploiement de textes ?


C'est pour que nous développions nos racines. Pour que nous comprenions bien la longue histoire qui a précédé l'évènement de la Résurrection de Jésus. Dans certains évènements heureux, comme par exemple le mariage d'un enfant, il arrive que l'on ressorte les vieilles photos de famille que l'on conserve précieusement, pour se souvenir de tout le chemin parcouru. C'est un peu ce que nous faisons ce soir : nous sortons les photos des 2000 ans au moins qui ont précédé la Résurrection de Jésus.


Déroulons les rapidement :


La lecture du second récit de la création, dans le livre de la Genèse est là comme pour nous dire que le salut de Dieu, celui qu'il nous donne en nous faisant accéder à sa vie, Dieu le désirait dès la création du monde. C'est une histoire de famille qui remonte très très loin. Au sommet de l'Univers Dieu a fait l'être humain à son image, homme et femme, pour faire alliance avec eux. Nous avons entendu cette lecture.

Puis vient Abraham et le passage du sacrifice interrompu : Dieu ne veut pas la mort d'Isaac. Dieu est du côté de la vie.

Puis vient l'exode, en ce moment du passage de la Mer Rouge où Moïse comprend deux choses : que Dieu est avec lui, d'une part, et que si Dieu est là c'est pour libérer son peuple de la main de ses oppresseurs. Dieu est avec moi, Dieu me libère. Nous avons aussi entendu ce passage.

Puis vient Isaïe, au chapitre 54... Dieu crie son amour pour l'humanité : « J'ai juré de ne plus me mettre en colère contre toi. Mon amour pour toi ne changera pas, même si les montagnes changeaient de place, même si les collines étaient ébranlées... » Pourquoi Dieu est-il avec moi ? Pourquoi m'a-t-il libéré : parce qu'il m'aime.

Puis Isaie, chapitre 55, L'eau : venez boire l'eau que je vous donnerai, sans argent et sans rien payer. Venez à moi, écoutez et vous vivrez : « vous entendez là l'annonce du baptême, et cette promesse : « mon alliance sera éternelle ». Pas seulement solide, mais éternelle. Et le passage se termine par cette phrase prophétique : « Ma Parole ne me reviendra pas sans avoir réussi sa mission » Ma Parole: vous savez que c'est Jésus lui-même.

Vient ensuite le prophète BARUC. Dans sa bouche, Dieu supplie. Dieu souffre. Il appelle son peuple : « revenez à moi ». Dans notre culture populaire nous avons un récit qui illustre cela : la chèvre de monsieur SEGUIN. Monsieur SEGUIN a tout fait pour protéger sa petite chèvre, et quand il voit qu'elle s'est enfuie dans la montagne, il l'appelle à n'en plus finir. Il est déchiré. Il sait ce qui va lui arriver. « Reviens » : Il sonne de la trompe toute la soirée... Dieu fait ça pour nous: « revenez ».


Enfin Ezékiel : Dieu n'en peut plus des bêtises de son peuple. Alors il décide une nouvelle alliance. « Je verserai sur vous une eau pure, et vous serz purifiés.

Et c'est ainsi que Dieu décide d'envoyer Jésus. Nous voyons bien que c'est une longue, longue histoire d'amour.


Et nous voilà arrivés à Jésus. Il est mort. C'est la consternation. La débandade. Tous les disciples se sont carapatés. Tous sont terrorisés, ou KO. Le maître est mort. A ce moment là, l'histoire de Jésus ne vaut pas une ligne dans le livre de l'histoire de l'humanité. Zéro pointé. Même sa mort est malheureusement aussi banale qu'ignominieuse. Mais nous entendons encore la phrase qui a ouvert la liturgie d'hier soir : « mon serviteur réussira dit le Seigneur. »


Alors apparaissent trois femmes. Alors que tous les garçons sont déprimés, elles, elles se lèvent, elles achètent des aromates, et elles vont soigner le corps de Jésus. Au moment où la promesse semble tombée à l'eau, elles sont là, dans la fidélité et la gratuité. Qu'ont elles à attendre en retour ? Rien. C'est fini. Mais elle sont là. Au même moment ou presque, deux hommes se lèvent aussi, mais eux, c'est pour quitter Jérusalem, le coeur en bandoulière, et pour repartir dans leur village, à Emmaus. Je vous invite à contempler ces femmes un instant, dans le don gratuit de leur fidélité.


Leur amour de Jésus va leur permettre d'être les premiers témoins de la Résurrection. Le tombeau est vide. Jésus n'est plus là. Un ange les accueille, et les envoie dire l'incroyable nouvelle.


Vous le savez, nous n'avons pas de vidéo de la Résurrection. Mais ce qui est certain, ce qui est écrit dans l'histoire, c'est que le vendredi il n'y avait plus rien, rien qu'un corps dans une tombe, et un petit groupe d'amis déçus, vidés, perdus, et que quelques mois, quelques années plus tard il y en a déjà partout autour de la méditerranée des chrétiens, et que 2000 ans après vous êtes là, et des centaines de millions de personnes sont encore là pour louer le Seigneur, comme l'a demandé Paul :  « Pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus-Christ. »


Christ est ressuscité, alleluia, Amen